A l'honneur ...



Henriette Demoulin fête ses cent ans

Le 2 novembre 2020, Henriette Desmoulin fête ses cent ans. L´AHME lui envoie tous ses meilleurs voeux pour l´occasion.

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  Voyage en Sol mineur  
 
 • Voyage et musique


Dans Voyage en sol mineur, Thierry Harzallah nous livre une réflexion sur le voyage faisant un parallèle entre voyage et musique : « Voyager vers le haut n’est-il pas une quête du silence absolu ? L’alpiniste qui s’élève mètre après mètre se défait du superflu. Pour grimper, il faut s’alléger du poids de son sac et du poids de sa conscience. Un voyage introspectif aux tréfonds de son être. Pour m’être penché plusieurs fois aux balcons du monde, je sais qu’on ne pérore pas dans le “grand haut”. Seuls les mots justes sont prononcés. Le bruit n’a pas sa place en haut lieu. Plus on s’élève, plus le silence s’impose comme l’ordre du divin. La haute altitude est son royaume : l’alpiniste son messager.
Voyager dans les grands espaces, c’est faire du silence son compagnon de route. L’homme qui marche du Levant au Ponant sait bien que le silence n’est pas un vide. Il est le substrat de sa pensée, le terreau de sa création. Il est le cordon ombilical qui relie son corps à son âme. À l’heure du bivouac, le marcheur éreinté s’en abreuve et trouve en lui ses ressources. Il lui apporte sérénité et paix de l’esprit. Il est le nutriment de l’homme qui marche aux confins du monde. Le silence sourd au détour de la magnificence d’un lieu. La haute altitude est son royaume : l’alpiniste son messager. Pour voir le “beau”, il est nécessaire de stopper sa marche, de se recueillir, de “garder le silence” comme on garde un trésor. Seul le silence convient à la beauté du monde. »




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 • Pourquoi avoir écrit ce livre :


L’envie d’écrire était présente depuis longtemps dans mon esprit, mais tout mon temps disponible était dédié à user mon corps sur les rochers, sur les chemins, les pistes de ski de fond ou les pentes abruptes des montagnes. Hyperactif par nature, le mouvement est un peu ma drogue. Cet essai n’aurait vraisemblablement pas vu le jour si je n’avais pas été stoppé net dans mon élan et cloué au lit pour plusieurs mois par un accident de montagne en décembre 2009.
Ce projet est né de la cristallisation de plusieurs de mes passions : la musique, le voyage et la montagne. Ces passions se sont révélées à différentes périodes de ma vie, sans que l’une chasse l’autre. Au contraire, elles se sont plutôt imbriquées l’une dans l’autre. Il y a eu tout d’abord la musique pendant mon adolescence, puis les voyages à l’âge de 23 ans, et enfin la montagne vers 26 ans. Je crois que le dénominateur commun de ces trois univers différents est l’intensité. Ils m’ont procuré des sensations et des émotions que je n’ai pu trouver dans mon quotidien, et l’idée de les mêler dans cet essai Voyage en sol mineur vient peut-être de là. J’ai toujours déploré le cloisonnement où chacun reste dans son monde. Le musicien fait de la musique, le sportif du sport et il y a peu de passerelles entre ces deux univers. Il y a toujours eu des clivages entre, d’un côté, le monde raffiné de la culture, de l’esprit, et, de l’autre, celui plus physique du sport et du corps. Et d’aucuns cherchent encore à maintenir cette frontière bien fermée. Au contraire, il m’apparaissait intéressant de les rapprocher, et c’est ce que j’ai essayé de faire dans cet essai, en comparant le voyage d’aventure à la musique. J’y ai trouvé beaucoup de similitudes à travers différents aspects. Que ce soit dans le processus créatif, dans le rapport à l’autre, dans le rapport au temps, dans l’émotion, dans la communication, dans la réalisation, ou dans la représentation. Je dois dire qu’il m’est arrivé d’être moi-même surpris par certaines de ces similitudes. Par exemple, la comparaison entre une partition de musique et une carte topographique. Faites lire une partition à un musicien et il entendra sa musique : montrez une carte topographique à un voyageur et brusquement le paysage lui apparaîtra. Le musicien monte ses gammes comme l’alpiniste s’élève au sommet des montagnes et il y a dans cette élévation une même quête d’absolu.
Affecté par les changements profonds de notre société moderne, j’ai souhaité également évoquer dans ce livre certains aspects qui, à mon sens, ne sont pas des évolutions très positives. Notamment la déconnexion de l’homme moderne avec son environnement et ses concitoyens. La détérioration de l’acuité de ses sens et peut-être même celle de sa raison. Je me suis également intéressé à son rapport au temps qui a changé avec l’apparition de nouvelles technologies. Toujours plus vite, toujours plus d’infos (l’une chassant immédiatement l’autre), l’absence d’analyse et le défaut de réflexion devant cette masse d’information qu’on ne peut pas digérer faute de temps. Un monde où il faut tweeter plus vite que son ombre ! J’ai voulu montrer que le voyage d’aventure permet une diète du superflu pour se recentrer sur l’essentiel : Il propose une ascèse du quotidien qui contamine nos esprits d’homme moderne.
À l’heure du virtuel, j’ai voulu remettre en lumière les valeurs de l’empirisme.




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 • Article


Thierry Harzallah nourrit trois passions : la musique, le voyage et la montagne. Si ces passions se sont révélées à des périodes différentes de sa vie, aucune n´a chassé l´autre. Au contraire, elles se sont imbriquées.
Dans Voyage en sol mineur, essai publié par Édilivre Éditions, l´auteur nous livre une réflexion où il établit un parallèle entre voyage et musique. Nous publions, avec son accord, les premiers paragraphes du chapitre intitulé « Le voyage : une musique » , lignes dans lesquelles il compare les étapes pour « composer » un voyage avec celles de la composition d´une musique. Dans les paragraphes que suivants, l´auteur aborde les thèmes « répéter », « s´accorder » et « jouer avec le temps ». Nous vous invitons vivement à découvrir la totalité de cet essai en le commandant ici.
À l´issue de l´extrait que nous publions dans cet article, vous trouverez un autre texte dans lequel Thierry Harzallah nous explique comment et pourquoi il en est arrivé à écrire Voyage en sol mineur.
Voyage en sol mineur s´articule autour de cinq parties :

- Présentation
- Le voyage : une musique
- La musique du voyage
- La musique : outil de communication
- La musique véhicule nos émissions
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Le voyage : une musique


-----Composer : on ne voyage pas, on compose un itinéraire. C’est une création, un rubato(1) dans le sérialisme de nos vies. On construit son voyage comme on compose une musique. On choisit ses instruments : acoustiques (la marche) ou électroniques (transport motorisé), on choisit ses accords : majeurs (chemins balisés) ou mineurs (hors sentiers), on choisit des instrumentistes ou on préfère le solo. On choisit la durée : quelques semaines (chansonnette) ou plusieurs mois (opéra), on choisit le tempo (largo) en prenant son temps ou (presto) en visant un record chronométrique. La somme de ces choix et l’inspiration détermineront le style de notre composition : variété, pop, rock, jazz, musique contemporaine, musique classique, tourisme, pèlerinage, voyage d’aventure, expédition ou nomadisme. Autant de façons différentes de composer que de façons de voyager.

-----Il est des musiques qui parlent au corps. Elles pénètrent le bas-ventre par effraction. Le funk, le rock, la salsa, le flamenco par exemple intiment au corps le mouvement. Les démons du beat prennent possession du corps. Difficile, voire impossible, de rester stoïque à l’écoute d’une salsa. Même un piètre danseur ne peut empêcher son corps – au minimum – de battre la mesure. Bien plus souvent, il est parcouru de spasmes qui l’invitent à la danse. La musique classique et contemporaine, le free jazz ou la musique new age, parlent, elles, plus à l’esprit. Ces styles génèrent des émotions plus « intellectuelles » que « corporelles ». Elles invitent à l’évasion, la rêverie, la relaxation ou la méditation.

-----Il en est de même pour le voyage. Certaines destinations sont énergivores. Elles hument la sueur, l’acide lactique. Elles ne peuvent pas s’envisager sans un minimum d’engagement physique. Déjà les muscles se bandent à l’évocation de certaines d’entre elles. À l’instar de la salsa, on ne peut pas rester passif lorsque l’on est au pied des Andes ou de l’Himalaya. Devant l’immensité du Hielo continental(2) ou de la taïga sibérienne, le corps, d’instinct, se met en marche, comme on bat la mesure sans même s’en rendre compte. Lorsque l’on choisit ces destinations, on sait que notre corps devra payer un tribut à ces lieux. Mieux vaut être solvable !

-----D’autres destinations parlent plus à l’esprit : Farniente ou initiatiques. Elles exhalent des senteurs d’huile solaire ou d’encens et n’exigent pas de contribution physique. Au contraire, elles convoquent au repos du corps, à l’apaisement ou à la spiritualité. On ne danse pas sur la cinquième symphonie de Beethoven, on ne revient pas non plus meurtri dans ses chairs d‟un voyage aux Seychelles ou d‟un voyage spirituel en Inde ! Au contraire, en ces lieux, on escompte le bien-être du corps et de l’esprit.

-----Mon choix s’est presque toujours porté sur la première catégorie. Chacun de mes chemins de voyage a empreint mon corps. Ils l’ont tatoué comme les douaniers ont estampillé mon passeport de leurs visas. Je trébuche encore sur ces souvenirs de Patagonie : ces journées trop longues où, tirant notre pulka(3), nous cherchions « l’issue de secours » pour sortir du Hielo continental. Invariablement, notre traîneau se renversait dans les nombreuses crevasses qui jalonnaient notre parcours. Les manœuvres pour le tirer et le remettre en bon ordre de marche nous épuisaient. Cent fois nous avons débauché notre énergie à ces fins. Mais notre calvaire ne faisait pourtant que commencer. Après des longues heures de lutte, nous sortîmes enfin du glacier. Nous prîmes pied sur une moraine(4) qui semblait sans fin. Notre charge jusqu’alors divisée en deux – une partie dans le sac, une partie dans la pulka – devait maintenant réintégrer le sac à dos. Plus de quarante kilos pour affronter les neuf cents mètres de dénivelé qui nous permettraient de franchir le col du Paso del Viento. Le poids est l’ennemi de la vitesse. Tout montagnard vous le dira. Il est aussi le bourreau de notre colonne vertébrale et de nos articulations.
(Publié le 11 mars 2012 à 21h33 sur le site Cheminements d’étoiles)


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 • Références :


Titre : Voyage en sol mineur
Auteur : Thierry Harzallah
Éditeur : Édilivre
Parution : 2011
Format : 13,4 cm x 20,4 cm - 54 pages
ISBN : 9782332468192
Prix indicatif : 10 euros (6 euros en version électronique)


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Auteur du livre :
  Harzallah Thierry