A l'honneur ...



Claude et Roger PETITPIERRE

Enfin, après vingt-cinq ans d´un travail sérieux, acharné et minutieux, ils font éditer le magistral ouvrage de Haute-Marne au Coeur de l´Histoire : deux volumes de cinq cents pages pour faire découvrir les richesses trop souvent méconnues du lieu de ce département, de la préhistoire à nos jours.

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  DESSEIGNE Jean (1929-2014)  
 
ecrivains Haute Marne
Je suis né le 26 janvier 1929 à Poissy (78) comme Saint-Louis…J’ai passé mon enfance en Bretagne à Ploërmel puis mon père qui était officier ministériel s’est installé à Wassy (Haute-Marne) en 1944. J’avais 15 ans : mon adolescence et le début de ma vie d’adulte se sont passés dans cette toute petite ville de Province avec les amis, les premiers flirts : la grande distraction, c’était d’aller au cinéma. Je n’ai pas fait d’études, j’étais assez récalcitrant à la discipline des frères de La Mennais mais j’étais bon en français et j’aimais bien les rédactions… Par la suite, j’ai passé une capacité en droit.

Je viens d’un milieu familial très conservateur à la culture classique. J’aimais dénicher « à l’instinct » en librairie des auteurs dont les livres correspondaient à ma sensibilité et j’ai découvert d’autres horizons : Simenon, Camus (_l’Etranger_ et_ l’homme révolté_), la littérature contemporaine américaine qui m’a beaucoup marqué : Faulkner, Hemingway, Dos Passos, Steinbeck… et qui allait de pair avec la découverte du cinéma américain.
J’aimais les maximes et je gardais en mémoire certaines phrases comme des porte-drapeaux pour ma vie : « l’espoir est un instinct que seul peut tuer le raisonnement de l’esprit ».
Je me suis beaucoup intéressé aux travaux de Jung et de Freud et à leur joute intellectuelle ; à l’œuvre de certains penseurs mystiques comme celle de René Guénon.
Ces dernières années, j’ai lu et relu l’œuvre philosophique de Gaston Bachelard, notamment _La poétique de l’instant_. Sur les planches où sont rangés mes compagnons de lecture et de méditation, j’ai aussi à portée de main, une dizaine des œuvres de Marcel Arland dont j’apprécie la qualité d’écriture et le charme. C’est _Terre natale_ qui m’a ouvert la porte de la demeure littéraire de Marcel Arland.

Le poète Jean Desseigne est décédé le 24 octobre 2014 dans sa quatre-vingtième année. IL est enterré au cimetière de Beurville (Haute-Marne)




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 • Le goût de l’anticonformisme


Toute ma vie j’ai adopté une posture de marginal, d’anti-conformiste avec un esprit volontiers provocateur. On aurait pu parfois me qualifier d’anarchiste… de droite, de gauche ? Je n’ai jamais voulu correspondre à une étiquette, ni cautionner une idéologie quelconque.
L’humour a beaucoup compté : façon Bedos. J’aimais beaucoup jouer avec les mots, créer de petits sketches ou des chansons « baroques ».

Le sport a eu une action tonique voire mystique dans ma vie. Surtout la course à pied. Je courrais par tous les temps en forêt du Gorgebin (forêt domaniale de Chaumont en Haute-Marne) et je me sentais en harmonie avec la nature. A l’arrêt, il m’arrivait de m’appuyer le dos contre un arbre comme si je voulais en sentir battre l’âme.
Cette bonne condition physique m’a permis de me livrer aux délices de «’heure ambrée » selon Francis Scott Fitzgerald…

Je me suis marié en 1950 avec ma première femme Hélène qui était professeur d’enseignement général et j’ai eu trois fils : Laurent, François et Bruno. J’ai divorcé et me suis remarié en 1956 avec ma deuxième femme Sylvette qui était institutrice et j’ai eu une fille Sophie. Nous avons vécu en Algérie de 1954 à 1962. C’est à cette époque que je suis devenu ami avec l’écrivain algérien Mohamed Dib.

Nous sommes revenus nous installer en 1963 à Chaumont (52) où je vis encore aujourd’hui.
Professionnellement ma principale activité a été de vendre des ouvrages juridiques.





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 • Ma rencontre avec la poésie


Comment suis-je devenu poète ? C’était en 1961 en Algérie. Je visitais des écoles dans le cadre de mon travail de courtier en libraire et ma journée avait été marquée par les yeux magnifiques d’une institutrice… En revenant en bus de cette tournée : une « voix » m’a dicté mon premier poème, Je voudrais garder ma joie (recueil _Les Saveurs oubliées_). J’étais bouleversé, j’en aurais pleuré de joie ! J’ai aussi eu le sentiment que le poème me donnait la compensation de l’amour non vécu…

L’amour est un thème récurrent dans ma poésie. L’émoi de l’amour était souvent pour moi lié aux eaux dormantes des étangs… Le thème de la nature est également très important. A l’âge mûr, quand l’amour meurt, l’amour de la nature perdure. Je voyais assez la nature selon la symbolique maçonnique dont le Créateur est le grand architecte de l’univers.

La ville de Wassy était une cité ouvrière, même si l’industrie des fonderies était déclinante. J’étais sensible au quotidien des êtres, aux hommes de peine assis sur les marches devant la porte de leur maison. Tous les êtres nous interpellent. Nous sommes pareils à un mur de pierres sèches : c’est l’ensemble des pierres qui forment le mur.

La nostalgie fait partie intégrante de ma poésie, j’ai un véritable culte de la nostalgie !
Ce n’est pas la tristesse, pas le chagrin. La nostalgie demeure comme un espoir. Elle embellit les souvenirs. Elle nous rappelle les heures passées qui ne reviendront plus mais qui gardent leur sel de vie.

La poésie a été pour moi une ligne de conduite qui m’a permis de suivre mon chemin, qui a éclairé ma route comme une lumière positive.

J’ai voulu associer dans mon écriture poétique simplicité et musicalité. Mes poèmes sont à la portée de tout le monde. Pour moi le poète a une mission essentielle qui est d’expliquer aux autres ce qu’ils ressentent.





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ecrivains Haute Marne
 • Un poète dans la cité


J’ai consacré beaucoup de temps à lire de la poésie : Paul Verlaine, Guillaume Apollinaire, Paul Eluard, René Char, Antonin Artaud, Pierre Reverdy, Eugène Guillevic, Paul Chaulot, Bernard Dimey, Mohamed Dib, Jean Orizet, comptent parmi mes préférés.

J’ai été lauréat du prix littéraire du Conseil Général de la Haute-Marne en 1972.

En 1981, j’ai participé à la bibliothèque de Chaumont à la première fête nationale de la poésie initiée par Jack Lang.
Pendant 4 ans, de 1982 à 1986, j’ai participé à des récitals poétiques à la M.J.C. de Saint-Dizier. En duo, nous disions nos poètes préférés, entrecoupés de quelques uns de nous même. Nous ne manquions jamais de dire quelques poèmes de Louis Aragon, de Paul Eluard, d’Eugène Guillevic…des grands crus.

De janvier 1998 à août 2006, j’ai tenu une chronique poétique dans "l’Affranchi" hebdomadaire d’informations locales de Chaumont. J’ai partagé mon goût de la poésie avec les chaumontais et chaumontaises à travers une rubrique régulière dans laquelle j’ai présenté plus de quatre cents poètes de tous horizons littéraires et de tous pays, connus et moins connus. La maxime du jour venait compléter cette chronique.

Hubert Haddad, écrivain-poète en résidence à la ville de Chaumont de 2003 à 2006, m’a interviewé à la librairie Apostrophes le 16 mars 2006, lors d’une soirée intitulée « poésie surprise ». Cela a été un échange de point de vue entre deux poètes qui avaient immédiatement sympathisés.

Aujourd’hui, à 83 ans, je n’écris plus de poésie…la voix venue d’ailleurs s’est tue…, mais la poésie fait toujours partie intégrante de ma vie.





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 • Mes oeuvres


Les Saveurs oubliées.
- Limeray (13, rue de Blois, 37530) : Éditions syndicales, 1971. - [34] p. : ill., couv. ill. ; 21 cm.

Cendres
roman. - Paris : la Pensée universelle, 1971. - 18 cm, 127 p.

Les Saveurs oubliées
- Paris : J. Millas-Martin, 1972. - 19 cm, 48 p.

Aux amarres du silence
- Paris : Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1974. - 35 p. ; 18 cm. - (Miroir oblique).

Trois recueils de poésie :
Matin sans Musique ; Pelouse de Lune ; L’Exil et pourtant
« J´ai rencontré Jean Desseigne bien des fois, à Chaumont, un verre à la main, au milieu des livres.

Je le savais rédacteur de l´Affranchi, manière de Canard Enchaîné local. En argot, être "affranchi", c´est être initié, être dans le coup. Il y a des affranchis en tous milieux et pas seulement chez les larrons. Jean Desseigne le serait plutôt dans le domaine de la poésie et de la lecture.

Un vrai lecteur, c´est un amoureux en réserve, disponible pour tous les coups de foudre -un "de ces êtres malheureux, aimables, charmants, point hypocrites, point moraux, auxquels je voudrais plaire", disait Stendhal qui n´écrivait que pour cent lecteurs dont il prétendait ne fréquenter en tout et pour tout que deux prototypes.

On reconnaît aisément Jean Desseigne dans ce portrait -mais l´homme est aussi poète, plus secret lecteur en soi-même des arcanes indéchiffrés. »
(quatrième de couverture des recueils, texte de Hubert Haddad, écrivain)






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 •  Hommage de la presse : L´Affranchi de Chaumont, hebdomadaire local


Quand il est mort le poète
Jean Desseigne a tiré sa révérence, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. C’était un ami de l’Affranchi. Tout le monde l’appelait « le poète ».
Jusqu’à il y a trois ou quatre ans, on le voyait chaque matin arpenter le centre-ville pour faire quelques courses et se rendre au bistro où il aimait boire un verre et réciter des vers.
Que ce soit dans la rue ou au café, avec son humour grinçant et son esprit volontiers provocateur, il aimait engager la discussion. C’était un personnage haut en couleurs, anticonformiste qui amusait beaucoup ses interlocuteurs, même si son sens de la répartie pouvait aussi parfois les agacer. Cela faisait partie de son charme.
Amoureux et grand connaisseur de la poésie, Jean Desseigne était venu nous voir tout au début de l’année 1998 pour nous proposer de publier un poème chaque semaine : « j’en connais plus de dix mille, nous avez-t-il confié, je vous en sélectionnerai quelques-uns, sans rien demander en échange. Je fais ça pour la poésie. »
Pendant plus de huit ans, et sur quatre cent cinquante numéros, sans manquer une seule parution, il a ainsi tenu bénévolement et passionnément la rubrique « le coin du poète », très appréciée de nos lecteurs qui nous en parlent encore quelques fois.
Prenant son rôle très au sérieux, il se documentait, achetait ou empruntait des ouvrages pour pouvoir non seulement choisir un poème, mais aussi présenter en quelques lignes des auteurs français et étrangers parfois très méconnus.

Affranchi dans le domaine de la poésie et de la lecture
Jean Desseigne dont la principale activité professionnelle a consisté à vendre des ouvrages juridiques pour le compte des éditions Juris-classeurs, a lui-même écrit de la poésie tout au long de sa vie. (...) Et de temps en temps, il présentait ses propres textes dans « le coin de poètes ».
Loin de son image d’amuseur public, la poésie de Jean Desseigne était pleine de sensibilité, de simplicité et de musicalité, à la portée de tout le monde. Avec parfois de la nostalgie, il parlait de l’amour, de la nature (« Je prends la forêt comme d’autres prennent la mer ») et du temps qui passe (« Le jeune homme courageux qui avait résisté à l’épreuve du sang, à l’épreuve du feu, n’a pas résisté à l’épreuve du temps »).
La rubrique était aussi agrémentée d’une « pensée de la semaine » comme celle-ci de Francis Scott Fitzgerald : « Quand je suis à jeun, je ne peux pas supporte le monde. Quand j’ai bu, c’est le monde qui ne peut plus me supporter ».
Grâce au succès de cette rubrique, Jean Desseigne a été mis à l’honneur lors du « Printemps des poètes » de 2006, les Silos (médiathèque de Chaumont) lui proposant d’animer une rencontre « poésie surprise » avec l’écrivain Hubert Haddad à la librairie Apostrophe. Hubert Haddad, à l’origine du salon du livre de Chaumont, qui écrira plus tard : « J’ai rencontré Jean Desseigne bien des fois à Chaumont, un verre à la main, au milieu des livres. Je le savais rédacteur à l’Affranchi, manière de Canard Enchaîné local. En argot, « être affranchi » c’est être initié, être dans le coup. Il y a des affranchis en tous milieux et pas seulement chez les larrons. Jean Desseigne le serait plutôt dans le domaine de la poésie et de la lecture. »

« La voix venue d’ailleurs s’est tue »
Au cours de l’été 2006, « n’ayant plus le cœur à l’ouvrage » et ne voulant « pas s’enliser dans une routine besogneuse », Jean Desseigne a décidé de mettre fin à sa rubrique.
Quelques années plus tard, en 2012, Sophie Deseigne qui s’intéresse aussi à la poésie et a écrit un peu, a eu l’idée de créer un site internet pour ne pas laisser s’éteindre l’oeuvre de son père : un site qui présente l’homme, le poète, son oeuvre, ses poèmes préférés, ainsi que quelques vidéos tournées sans les années 80 où on le voit réciter des poèmes ou interpréter des sketches. « J’ai toujours été le bouffon de service » rigolait-il au moment de la création de ce site.
(...)
La dernière fois que nous l’avons rencontré, Jean Desseigne regrettait de ne plus écrire de poésie parce que « La voix venue d’ailleurs s’est tue ». Mais si l’homme sen est allé, son œuvre demeure à tout jamais.(...)

Hebdomadaire local L’Affranchi de Chaumont, 31 octobre 2014, article de Christophe Poirson




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 • L’hommage de Joël Moris, directeur des affaires culturelles de Chaumont


Mon cher Jean,
Vivre en poésie est un art magnifique et un art du sublime. Et vous viviez en poète. En vers et contre tout, en rimes et en rythmes et en accord avec vous-même.
La poésie vous habitait et vous habitiez la poésie. Elle fut votre royaume, votre terrain de jeux, de jeux de lettres, de je de l’être, des jeux d’esprit, une scansion intérieure.
Vous commentiez la poésie sans la théoriser préférant la déclamation à l’érudition. Chaque jour, vous en lisiez, en écriviez, décidant d’arrêter quand la petite voix intérieure s’est tue. Chaque heure, vous étiez en grandes conversations avec vos poètes admirés, consultés, élus. Apollinaire, Arthaud, Chaulot figurent en votre Panthéon. Combien de fois, je vous ai surpris, deviser avec les poètes, la tête entre les mains, penchée sur vos recueils, en quête de votre Ariane. Votre passion s’est infiltrée dans le cœur de nombre de Chaumontais, pendant plus de huit ans, sous la forme de chroniques hebdomadaires, ainsi qu’en librairie, un beau soir d’automne, irréel, avec la complicité d’Hubert Haddad dont vous ne cessiez de célébrer le talent. Hubert qui vous aimait tant. Arnaud aussi vous aimait beaucoup.
Votre passion s’est infiltrée dans nos cœurs de lecteurs, mais il en faut du cœur pour vivre en poésie.
(hommage paru dans le Journal de la Haute-Marne du 29 octobre 2014)





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 • Et encore...


En 1972, Pierre Crotta signait dans la Haute-Marne libérée un article intitulé « À la rencontre de Jean Desseigne, nouveau poète chaumontais ». C’était à l’occasion de la parution de son premier recueil, Les saveurs oubliées. Depuis cette époque, Jean Desseigne a écrit cinq recueils, les trois derniers sont disponibles en librairie.
Né à Poissy le 26 janvier 1929, Il a participé, dès 2004, au salon du livre de Chaumont où il était Président du jury du « prix de la meilleure critique littéraire » et pendant huit ans, de 1998 à 2006, il a tenu une chronique poétique hebdomadaire dans la presse locale, dans laquelle il a contribué à faire connaître plus de 400 poètes de tous horizons littéraires et de tous pays, connus et moins connus.
De nombreux chaumontais se souviennent de lui avec affection et parlent volontiers de l’homme qui jouait avec les mots, il disposait d’une grande palette allant de la grande finesse à la provocation.
L’association des amis de Jean Desseigne lui a consacré un site internet et lui rendra hommage, en rééditant ses deux premiers recueils.
Le poète s’est éteint le 24 octobre à l’hôpital de Chaumont, Sa famille remercie tous les personnels de santé. Le journal présente ses plus sincères condoléances à toute sa famille et à ses proches.

(Nécrologie parue dans le Journal de la Haute-Marne du 29 octobre 2014)




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 • Pour aller plus loin


Jean Desseigne a un site qui lui est dédié

Plus d'information :
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