A l'honneur ...



Claude et Roger PETITPIERRE

Enfin, après vingt-cinq ans d´un travail sérieux, acharné et minutieux, ils font éditer le magistral ouvrage de Haute-Marne au Coeur de l´Histoire : deux volumes de cinq cents pages pour faire découvrir les richesses trop souvent méconnues du lieu de ce département, de la préhistoire à nos jours.

 Pour en savoir plus sur cette oeuvre, cliquez ici
 
  LALLEMAND Yvon (1948 - 2011)  
 
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 • Sommaire :


(photo : Yvon Lallemand en 2000)

(Cette page a été créée par Annie Massy avec les conseils et soutiens de : Gil Mélison-Lepage, Anne-Marie Lallemand et Philippe Savouret)

1 - Lieux associés

2 - Eléments biographiques
- Enfance dans la Moselle de l'après-guerre
- L'Algérie et le retour difficile
- Années fastes
- La maison Bleue
- Le dernier des poètes maudits
- "Quizz de Proust" : testament spirituel

3 - Président de l'Association des écrivains de Haute-Marne pendant 19 ans
- Découvreur de talents

4 - Le conteur des légendes haut-marnaises

5 - Extraits de son oeuvre sur la Haute-Marne

6 - Pour aller plus loin




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 • 1 - Lieux associés :


Saint Dizier : la ville de sa vie

- Le lycée privé catholique ESTIC : Yvon y a exercé toute sa carrière professionnelle, y a rencontré son épouse, Catherine, y a découvert des talents littéraires...
- Librairie L´Aphabet, au début de la rue du Docteur Mougeot puis au quartier populaire du Vert-Bois : Catherine l´avait achetée au début de son mariage avec Yvon
- la "Maison Bleue" : Yvon et sa famille s´y étaient installés pendant leurs années heureuses
- Quai Berthelot : Yvon a passé les derniers mois de sa vie dans une maison modeste au N° 13
- Cimetière de la Noue : c´est là qu´il est enterré

Chamouilley (à côté de Saint-Dizier) :

Yvon a vécu quelques années, au début du vingt et unième siècle, dans une maison rustique, "La Forge Haute" (au N°6). Après ses déboires, c´est là qu´il aurait pu se reconstruire avec sa nouvelle compagne, Michèle. Il disait que c´était la maison idéale pour lui. La pièce à vivre et la terrasse s´ouvraient sur les champs et la nature. Il pouvait y peintre et écrire à son aise. Il a dû quitter ce havre avec le départ de Michèle et selon le souhait du propriétaire d´y reloger.

Chaumont :
Ses parents y ont pris leur retraite de 1972 à 1991, rue Max Chauvet.
Sa soeur Anne-Marie y a été Percepteur, avenue du Général Leclerc. C´est chez elle qu´ Yvon a trouvé refuge, pendant un an, après son séjour en Algérie




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 • 2 - Eléments biographiques - Enfance dans la Moselle d'après-guerre :


(photo :un tableau d'Yvon Lallemand, peintre des femmes)

Yvon Lallemand naît à Thionville en Moselle le 3 avril 1948. Il est le dernier d'une fratrie de quatre enfants : Roger (1936-2000), Andrée (née en 1937) et Anne-Marie (née en 1940).
La famille a été bousculée pendant la guerre. En 1939 elle refuse de vivre dans une Lorraine allemande et part avec presque rien dans un meublé de Nancy. Le père installe son épouse et ses trois jeunes enfants comme il peut, et avec l'aide des villageois, à Marainviller (Meurthe et Moselle) où il enseigne jusque 1945. Parents et enfants rentrent alors à Illange, au milieu des ruines pour se retrouver une fois encore en meublé, le temps que l'école soit reconstruite.
Yvon Lallemand naît en 1948. Il reçoit, comme ses frère et soeurs une éducation très stricte dans la tradition catholique mais son statut de petit dernier de la fratrie en fait le protégé de tous et particulièrement de ses soeurs.




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 • - Formation


Le père d'Yvon surveille avec soin ses études, comme celle de ses frère et soeurs, sanctionnant le moindre écart. Après l'école primaire, Yvon entre au lycée de Thionville (Moselle). Il est plutôt bon élève, surtout en français mais n'aime pas les mathématiques et refuse d'étudier l'allemand, en dépit de son nom !
Il peint très jeune : il présente d'ailleurs ses premières expositions dès l'âge de dix-sept ans.
Après son baccalauréat, il obtient une licence puis une maîtrise de Lettres à la faculté de Nancy, mention Bien, en 1971




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 • - L'Algérie et le retour difficile


(L'enregistrement audio de "Terre d'Ombre Brûlée" souvenirs du séjour en Algérie)

De 1973 à 1976, il fait son service militaire comme coopérant en Algérie. Il enseigne le Français au lycée Zerrouki de Mostaganem. Loin de ses repères, il mène une vie débridée où la peinture se mêle aux vapeurs d'alcool et de tabac. C'est là qu'il écrit une sorte de journal délirant qui deviendra en 1978 le roman poétique "Terre d'Ombre Brûlée" où il exprime sa conception de l'art pictural.
Le français devenant langue étrangère dans un pays à nouveau arabisé, son contrat n'est pas renouvelé.
Yvon revient en France et, au chômage, il trouve refuge chez sa soeur Anne-Marie de septembre 1976 à septembre 1977. En vacances à la montagne, il écrit son premier recueil de légendes haut-marnaises. Pendant son séjour familial, il se lie avec des peintres de la région de Nogent.




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 • - Années fastes


Le 14 septembre 1977, il est engagé comme professeur de Lettres au lycée privé l'ESTIC de Saint-Dizier. Il accomplit toute sa carrière professionnelle dans cet établissement. Il y franchit, une à une, toutes les étapes de la titularisation, comme il était alors possible, jusqu'à intégrer le corps des titulaires du CAPES en 1993.
C'est d'ailleurs dans cet établissement qu'il rencontre Catherine, une de ses élèves qui devient plus tard son épouse, en 1983. Cette jeune fille enthousiaste achète une librairie, "l'Alphabet", dans le quartier populaire du Vert-Bois, plus tard transférée rue du Docteur Mougeot. Après la naissance de leur troisième enfant de son union, elle passe avec succès le concours de Professeur des écoles.

L'installation à Saint-Dizier marque donc le début d'une période faste sur tous les plans. En 1978 Yvon obtient un prix littéraire du Conseil général avec "Terre d'Ombre Brûlée", roman poétique. En 1980 et 82, il publie ses premières séries de contes et légendes de la Haute-Marne dont le succès est immédiat. En 1984, il présente au public son "Verger en Lorraine" Ses lecteurs l'apprécient et lui sont fidèles à chacune de ses parutions.






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 • - La maison bleue


Le couple achète une maison à Saint Dizier, au fond d'une l’impasse, perdue dans la verdure. C'est le « jardin du peintre » qui, à l’instar de celui de Monet, offre aux visiteurs le calme et la sérénité. Yvon adorait cette maison hors le temps, véritable havre de paix. L’ancienne maison du jardinier de l’usine attenante, comme il aimait à le rappeler, était devenue le rêve bleu du peintre, la toile de fond inspiratrice de l’écrivain, un jardin en fleurs, des fenêtres en charmilles, des allées en tableaux, des fauteuils en bras ouverts. Un jardin habité par une colonie de chattes noires aux yeux turquoise.
ll faisait bon s’y retrouver autour d’une table toujours dressée pour les copains.




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 • - Le dernier des poètes maudits du millénaire passé


(Photo : portrait d'Yvon Lallemand fait par Patrick Quercy autre peintre -écrivain)

Yvon aime les amis et la fête mais ne gère pas les limites. Il ne manque pas d'idées mais il lui faut un groupe de personnes motivées et dévouées pour les mettre en application. Il cache aussi une mélancolie chronique, celle d'une reconnaissance qu’il estime insuffisante. Il vit mal aussi l'obligation d’être enseignant alors qu’il rêve d’être uniquement un artiste. Il se laisse aller aux extrêmes. Il appartient aussi à cette époque révolue où l'on croit que pour être Verlaine, il faut en vivre les excès ; où l'on est considéré comme un homme quand on a bu ; où l'on distribue du tabac gratuit aux soldats pour leur donner l'habitude de fumer régulièrement.

Catherine et les enfants ne peuvent plus rester avec lui ; la "maison bleue" est vendue, Yvon a du mal à refaire surface. Il doit être hospitalisé et le vit très mal. Il écrit alors des récits intenses autobiographiques où il donne sa version des malheurs qu'il subit.
Le 3 mai 1999, il entame un arrêt maladie qui devient invalidité jusqu'à la date de sa retraite en 2008. Il dépense plus qu'il ne gagne et ne déclare pas correctement sa situation personnelle ; à la suite d'un contrôle fiscal, on lui demande plusieurs années d'arriérés d'impôts qu'il ne peut rembourser.

Ses dernières années ne sont pas totalement noires même s'il se plaît à le dire : Yvon est un personnage touchant, un bon copain qui ne reste jamais totalement seul dans ses soucis. Il se lie quelques années avec une nouvelle compagne, Michèle. Ses amis, comme ses lecteurs, lui restent fidèles. Il se donne des allures de provocateurs mais sans chercher à nuire. En peinture, il s'invente un style : le "Rap-art" (clin d'oeil aux remparts de Saint-Dizier ?).
Dans ses actions publiques, il peut compter sur des soutiens forts (Gil Mélison-Lepage et des amis peintres de l'Atelier Calvès, notamment). Dans sa vie privée, ses soeurs, comme le frère de van Gogh, l'entourent et le prennent en charge jusqu'à sa mort, de maladie (cancer), le 12 février 2011.

Il est enterré au cimetière de la Noue (Saint Dizier) entouré d'une centaine d'amis peintres et écrivains. Le dernier de nos poètes maudits a même droit à des fleurs de la Ville de Saint-Dizier et des discours officiels. Malgré ses allures faussement rebelles, il aurait apprécié, lui qui mourut en ayant peur d'être oublié (voir : le "Quizz de Proust" ci-dessous).




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 • - Quizz de Proust : testament spirituel


Un mois et demi avant la mort d'Yvon, le Journal de la Haute-Marne faisait paraître dans son supplément du dimanche (26 décembre 2010) les questions et réponses suivantes qui sonnent comme un testament spirituel :

- Votre principal trait de caractère : Têtu comme un Lorrain.
- La qualité que vous préférez chez un homme : La fidélité en amitié.
- La qualité que vous préférez chez une femme : La gentillesse.
- Ce que vous appréciez le plus chez vos amis : humour et la simplicité.
- Votre principal défaut : Je pardonne tout.
- Votre rêve de bonheur: Être Touareg dans le Sahara.
- Votre sport préféré : La boxe.
- Quel serait votre plus grand malheur ? Etre oublié et non reconnu.
- Le pays où vous désireriez vivre : Aux iles Marquises.
- En quoi voudriez-vous être réincarné ? En moi-même, avec plus de reconnaissance.
- Votre auteur favori : Rimbaud.
- Votre artiste (musique) favori : Beethoven.
- Votre acteur (actrice) préféré : Clint Eastwood.
- Votre idole: Che Guevara.
- Ce que vous détestez par-dessus tout : Le mensonge et l'hypocrisie.
- Le don que vous aimeriez avoir : Savoir jouer du piano.
- Comment aimeriez-vous mourir ? Le plus tard possible et en bonne santé.
- Votre état d'esprit présent : Le calme et l'espoir de vivre.
- Ce que vous avez dans les poches à cet instant : Un portable,- un porte-monnaie, un stylo, un carnet de notes et mes clefs.
- La faute qui vous inspire le plus d'indulgence : La faute de frappe...
- Votre devise : "Non au non-dit !" ou "Tout s'arrange toujours".
- La matière que vous détestiez le plus à l'école : l'allemand.
- L'événement sportif qui vous a le plus marqué : La Coupe du monde de 98.

(Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation du quotidien)




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 • 3 - Président de l'association des écrivains de Haute-Marne pendant 19 ans


(Photo : Yvon Lallemand parle de son oeuvre lors du salon du livre de Chaumont de 2008 - table ronde sur le voyage en Méditerranée, organisée par Annie Massy)

En 1982 naît l'Association des écrivains de Haute-Marne, autour de son premier président, Yves-Marie Debande. Elle regroupe alors Robert Collin, Irène Peiffert, Yvon Régin, Jean Robinet et Yvon Lallemand. Celui-ci en devient président de 1984 à octobre 2000, puis à nouveau de 2005 à 2008. Il en est alors nommé Président d'honneur.

Yvon était un président farceur entouré d'une bande de joyeux drilles. Les réunions se tenaient dans divers bistrots de la Haute-Marne : Chaumont, Joinville, Nogent, Brethenay, Condes ....Yvon n’était pas très académique et les réunions se tenaient sans véritable ordre du jour. Chacun y prenait la parole, faisait part de ses dernières productions. On lisait, on chantait, on trinquait et on riait beaucoup. Parfois même, René Barbaux jouait de l’accordéon ou Guy Chaudet de la clarinette ; Yvon Gaillet déclamait quelques vers subversifs et comiques. Yvon jubilait. Il se réjouissait de ces rencontres artistiques du département auxquelles assistait un noyau de fidèles, pour lesquels la mise en valeur de leurs œuvres n’était que le prétexte à des retrouvailles entre compères. Ainsi Savigny représentait un rendez-vous annuel incontournable : "La grange de Monsieur Mortel" abritait le stand de l'association et la petite goutte de ce dernier alimentait les discussions du soir très animées avec Robert Collin, Jean Robinet et Yvon entre autres...

Tout jovial que soit son Président, L'association n'en avait pas moins des activités sérieuses. Yvon avait beaucoup d'idées mais c'étaient ses proches qui les mettaient en pratique. Il avait autour de lui une équipe active et nombreuse avec, notamment : son épouse Catherine, ses beaux parents et Gil Mélison-Lepage qui assure à la fois le secrétariat et la trésorerie de 1992 à octobre 2000 (avec une interruption de mars 1996 à janvier 1998 : Gil était alors adjointe à la culture de Saint Dizier et par honnêteté, elle ne pouvait à la fois demander des subventions et les accorder).
C'est une décennie active pour l'association des écrivains de Haute-Marne.
En 1991 et 1993 ont lieu les premiers salons organisés par l'association des écrivains de haute-Marne à Saint Dizier.
En 1995 et 1997 sont organisés les "Germinal du livre", salons littéraires de Saint Dizier, avec la société des Lettres. En 1999, l'association des écrivains de Haute-Marne monte le salon "Plumes et Pinceaux", toujours à Saint Dizier, qui réunit, à l'instar d'Yvon, peintres et écrivains.

Yvon Lallemand a également été président d'une association organisatrice d'un salon pictural à Saint-Dizier : "Tête de l'Art" et a fait partie d'une association de peintres : l'Atelier "Marie Calvès".

Lorsque Yvon Lallemand quitte sa première présidence de l'association des écrivains de Haute-Marne, les rendez-vous littéraires continuent grâce à Gil Mélison-Lepage : salons du livre dans les principales villes du département, écriture collective du livre "52 Ecrivains haut-marnais : de Jean de Joinville à Jean Robinet" (qui préfigure la "Route des Ecrivains" sur ce site), promotion de cet ouvrage et de l'association dans la région...

La fin du siècle voit en outre, pendant deux ans, s'installer une fois par mois des rendez-vous littéraires à Chaumont : "Samedis aux Silos". Sous l'impulsion d'Annie Massy, les membres de l'association viennent y parler en public et discuter autour d'un thème : Albert Kritter et ses fleurs ; Patrick Quercy et Sarejevo,; Annie Goutelle et le conte, Annie Massy et le nouveau roman, Philippe Savouret et Dimey, Gil Mélison-Lepage et la littérature érotique, Jérôme Prévost et Rimbaud....

Après la seconde présidence d'Yvon, l'association devient l'AHME (Association Haut-Marnaise d'Ecrivains), un détail qui n'est pas anodin, puisqu'il marque son extension et son ouverture avec l'accueil de talents littéraires de tous horizons.

Yvon Lallemand a donc eu la chance d'accompagner la naissance et le développement d'une association littéraire aujourd'hui bien implantée.




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 • - Découvreur de talents :


(Photo : l'ancien élève Jérôme Prévost écouté par le maître Yvon)

Yvon, en tant que professeur, est aussi un découvreur de talents :
Jérôme Prévost était un de ses élèves qui écrivait des sonnets depuis l'âge de seize ans. Il en avait même créé un pour pasticher son "maître", intitulé "Troupeau de rêves". En 1994, Yvon l'encourage à participer au "Prix Arthur Rimbaud" organisé par le Ministère de la Jeunesse et des Sports. Jérôme rassemble ses textes, en écrit d'autres alors qu'il prépare des concours d'entrée dans de grandes écoles. Son recueil "Caromantique" est envoyé le dernier jour réglementaire. Il se mesure à cinq cent cinquante manuscrits de toute la France. En octobre 1994 (alors qu'il a eu dix-huit ans en août 94) 'il reçoit, des mains de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, le prix Arthur Rimbaud doté de trente mille francs, soit un peu plus de quatre- mille-cinq-cents Euros. Yvon, bien sûr, est avec lui le Grand Jour.




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 • 4 - Le conteur des légendes de Haute-Marne


L'oeuvre d'Yvon Lallemand est orientée dans deux genres.

D'une part, il est l'auteur de récits fortement autobiographiques où il se laisse aller à des délires d'une richesse littéraire qui ne laisse aucun lecteur indifférent. La plupart restent inédits mais en 2008, à l'occasion du salon du livre de Chaumont, l'AHME a fait enregistrer sur ses fonds, quatre cédéroms d'une version audio de l'un d'entre eux : "Terre d'Ombre Brûlée" (il en a été tiré trente coffrets de collection, numérotés de 1 à 30, et qui constituent, aujourd'hui, des documents précieux)

D'autre part, Yvon Lallemand est un conteur exceptionnel qui a réuni cinq volumes de récits fantastiques, légendaires et historiques du département : plus de quatre cent cinquante textes courts ont été ainsi inspirés par la tradition orale, des coutumes ancestrales mais aussi embellis par son imagination. Ce mélange de tradition, d'invention et d'authentiques références historiques en rend la lecture passionnante.
Le Grand Pardon de Chaumont et ses "diableries", l'origine du nom "bragard", le grand incendie de Saint-Dizier, les sorcières du Cognolot, la légende de Sabinus et d'Eponine et bien d'autres, sont des incontournables de la culture haut-marnaise qu'il fait cohabiter avec des anecdotes plus ordinaires et qu'il sait rendre touchantes et tout aussi intéressantes.
Yvon sans tabou n'hésite pas à l'occasion, à départementaliser des récits voisins : il adopte par exemple, une partie des aventures des quatre Fils Aymon et de leur cheval Bayard si chers aux Ardennais. Il n'hésite pas à égratigner ici ou là, en passant l'intolérance religieuse et les préjugés qui conduisent à des actes violents. Ailleurs, il laisse son humour s'épancher : suite à un pari avec des élèves, il publie dans un recueil, une nouvelle où il les cite tous.
Yvon Lallemand excelle dans les descriptions qui instaurent une ambiance à la fois de suspense et d'étrange. Il transfigure les paysages avec des mots comme le peintre avec des pigments. Les liens qu'il instaure entre texte et couleurs est une des clés de son talent. Son style reste cependant léger avec souvent un recul humoristique ; apparemment spontané : cette fausse simplicité, en fait très travaillée, le rend accessible à tous les amateurs du genre.

L'écrivain natif de Lorraine marque donc d'une empreinte indélébile l'âme littéraire haut-marnaise pour en avoir rassemblé et magnifié les racines légendaires et populaires.




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 • Hommage de Gil Mélison-Lepage


Comment Yvon est entré dans ma vie

J’ai vécu plus de 45 ans à écrire en catimini. En cachette, comme si écrire était une tare, un défaut à mettre en parenthèse. Puis un jour, Yvon, qui connaissait ce vice caché, m’a invitée à rejoindre l’association des écrivains de Haute-Marne qu’il présidait. Mais comment Yvon avait-il eu vent de cette tare bien dissimulée ? Simplement parce que j’étais amie avec la famille Duroux, donc avec Catherine, la femme d’Yvon (tiens, on dirait les paroles d’une chanson de Brassens)
C’est elle qui lui a glissé au creux de l’oreille « Gil Melison écrit des poèmes » et comme Yvon aimait rassembler les créateurs de la région, il m’a ramassée au bord de la route littéraire, il m’a donné un peu plus d’assurance en la matière. On ne résistait pas aux yeux bleus d’Yvon, à son charme bourru, à sa façon de nous faire croire que nous étions essentiels à la bonne marche d’un groupe. Aussi, me suis-je laissée séduire. Et c’est comme ça qu’un matin brumeux, je me suis retrouvée attablée dans un petit restaurant haut-marnais, assistant à l’assemblée générale d’automne de l’AEHM. Une bande de joyeux drilles y entourait un président farceur. Car Yvon n’était pas un président très académique et les réunions se tenaient sans véritable ordre du jour. Chacun y prenait la parole, faisait part de ses dernières productions. On lisait, on chantait, on trinquait et on riait beaucoup. Parfois même, on y jouait de l’accordéon. Yvon jubilait.
Comme il se réjouissait aussi lors des rencontres artistiques du département auxquelles assistait un noyau de fidèles, pour lesquels la mise en valeur de leurs œuvres n’était que le prétexte à des retrouvailles entre compères.
Quand les chiffres rencontrent les lettres
Car je suis, avant d’être une littéraire, comptable/juriste de par ma formation. Ce qui fait que dès mon arrivée à l’AEHM, on m’a demandé d’assurer l’intérim du poste de secrétaire-trésorière, le temps pour Yvon Régin, titulaire de la charge, de retrouver la santé. Je l’ai dit plus haut, on ne résistait pas aux demandes d’Yvon. Aussi ai-je accepté avec enthousiasme cette mission. Mission qui a duré huit ans : Yvon Régin, hélas, n’ayant jamais retrouvé sa pleine santé.
A partir de cette époque des dossiers de subventions ont été déposés afin d’envisager les animations de l’association en plus grand format. Afin également de gagner une certaine crédibilité dans le département. J’ai rencontré les institutionnels. J’ai plaidé nos projets et, souvent, j’ai obtenu gain de cause. Yvon, qui n’était pas un homme d’argent, s’épatait de cette manne providentielle. Notre couple fonctionnait à merveille, le Président artiste, un peu iconoclaste, toujours provocateur, donnait son charisme, sa gouaille ; la secrétaire trésorière apportait sa rigueur, son organisation. Et comme Yvon habitait à deux pas du bureau où je travaillais, nous nous voyions souvent. Je passais à l’improviste, le soir, entre midi et deux. Nous discutions. Nous convenions de la marche à suivre. Il m’a toujours fait confiance, me laissant toute liberté pour la présentation des choses.
Le jardin du peintre
Que de plaisirs, que de bonheur vécus chez Catherine et Yvon. Car tout au fond de l’impasse, dès la grille poussée, perdu dans la verdure se tenait le « jardin du peintre » qui, à l’instar de celui de Monet, offrait aux visiteurs le calme et la sérénité. Yvon adorait cette maison hors le temps, véritable havre de paix. L’ancienne maison du jardinier de l’usine attenante, comme il aimait à le rappeler, était devenue le rêve bleu du peintre, la toile de fond inspiratrice de l’écrivain, un jardin en fleurs, des fenêtres en charmilles, des allées en tableaux, des fauteuils en bras ouverts. Un jardin habité par une colonie de chattes noires aux yeux turquoise.
Comme il faisait bon s’y retrouver autour d’une table toujours dressée pour les copains. Car Yvon excellait en cuisine, et affectionnait les tablées d’amis. Combien de fois, m’y suis-je retrouvée, en compagnie de Jérôme Prévost, un élève d’Yvon qui avait obtenu à 18 ans, le Prix Arthur-Rimbaud, récompense nationale et convoitée, remise à Paris en grandes pompes au Ministère de la Jeunesse et des Sports. Reconnaissance pour un premier recueil de poésies que son mentor-professeur l’avait poussé à présenter. Car Yvon, découvreur de talent, recrutait de nombreux membres pour l’AEHM parmi les lycéens auxquels il enseignait la littérature à l’ESTIC. Jérôme assurera l’intérim du secrétariat-trésorerie durant mon « ministère » d’adjoint à la culture de la ville.
Que de fou-rires nous y avons piqués. Comme lors de la tempête de 1999 après laquelle Yvon, ayant ramassé sur la place de la mairie de Saint-Dizier le bras disloqué de la statue qui orne cette place, l’avait ramené chez lui et l’exhibait comme un trophée volé aux éléments déchaînés (rassurez-vous, il l’a rendu). Que de moments délicieux nous y avons vécus à échafauder des projets littéraires, ou à imaginer des idées loufoques ; à préparer les salons du livre de Saint-Dizier dans une effervescence constructive ou bien à faire assaut de contrepèteries, genre qu’Yvon maniait avec talent. Je le vois encore, souriant dans sa barbe, l’œil pétillant et les épaules agitées d’un fou-rire. Ces souvenirs sont inaltérables.
Les tempêtes
Puis hélas, dans ma vie, comme dans celle d’Yvon, les nuages se sont accumulés. Des tempêtes ont obscurci notre existence. Sous son air joyeux, sous ses boutades, derrière ses fanfaronnades, Yvon cachait une mélancolie chronique. Cette reconnaissance qu’il estimait insuffisante, cette obligation d’être enseignant alors qu’il rêvait d’être uniquement un artiste, ce mal de vivre qui l’habitait, le poussaient aux extrêmes. Combien de fois a-t-il pleuré sur mon épaule ? Il était si difficile de le consoler d’un chagrin incommensurable, d’une peine si profonde (tiens, on dirait les paroles d’une chanson de Brel)
Pris chacun dans nos tourments, affectés par nos soucis, nos chemins se sont séparés. Nous avons emprunté des routes différentes. Yvon a dû vendre la maison bleue. Déménager. Ce fut un déchirement pour lui. Mais nous avons conservé une amitié indestructible qui nous poussait dans les bras l’un de l’autre à chaque rencontre au hasard des rues de Bragardie. Et aujourd’hui, je suis bien triste de son départ précipité. Lui qui rêvait de « mourir vieux et en bonne santé » …..
Mais les artistes meurent-ils vraiment ? Ou bien s’installent-ils pour l’éternité entre copains au Panthéon de l’imaginaire ? J’aime à le croire.


Gil MELISON-LEPAGE
AEHM 1991-2005
Présidente d’Honneur




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 • Discours funèbre d´Annie Massy


Je ne vais pas ajouter à l’émotion pourtant bien réelle : Yvon tu n’as jamais aimé voir tes amis pleurer. L’association des écrivains de Haute-Marne devenue depuis association haut-marnaise des écrivains, que tu as contribuée à créer, veut garder de toi le meilleur.
- Nous gardons de toi tes plaisanteries, ta bonne humeur, tous ces rencontres amicales qui font aimer la société des humains autant que celle des artistes

- Nous gardons de toi : ta passion d’innover, d’inviter à se lancer, donc à nous lancer aussi dans des projets fous qui nous donnaient envie d’écrire, de partager nos œuvres, de les faire connaître au public. Yvon, tu nous donnais le courage d’aller au bout de nos envies et cela, c’est géant.

Tu nous quittes un jour d’hiver avec l’angoisse d’être oublié. Ne te fais pas de souci, le printemps des artistes est toujours programmé pour arriver à son heure. Tu peux rejoindre tes bons copains, Yves-Marie Debande, Jean Robinet et bien d’autres et refaire avec eux une association qui ne risque pas d’être ennuyeuse. Quelque chose me dit que ton arrivée sous les « ombres myrteux » (selon l’expression de Ronsard) n’est pas triste.

Pour le souvenir, ici, ne t’en fais pas, on y veille, on n’est plus au temps où l’on enterrait les artistes la nuit dans la fosse commune. Tiens, d’ailleurs, tu vas être content de notre blague du jour : on a déjà réussi à prendre une demi-heure au fossoyeur sur le temps prévu, pour les discours en ton hommage ! On va continuer cette chaîne de création et de transmission que tu as ancrée en Haute-Marne et qui en dépasse les limites… et je commence tout de suite en m’adressant à ceux qui sont autour de ton cercueil par une phrase officielle :
Après Arthur Rimbaud et Bernard Dimey, nous enterrons aujourd’hui notre dernier artiste maudit et le millénaire qui va avec. Mais les artistes ne meurent pas, ils tournent la page et, aujourd’hui nous ouvrons une légende.
(Discours lors de l´enterrement, d´Annie Massy, Présidente de l´AHME, 12 février 2011au cimetière de la Noue, Saint Dizier)




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 • 5 - Extraits d´oeuvres


"Nul n´ignore que la Haute-Marne a un riche passé historique et que les vestiges de vieux châteaux y sont nombreux, comme sont nombreux les seigneurs et les grandes familles qui y demeuraient. La famille d´Anglure possédait Essey, Donjeux, Choiseul, Rimaucourt, Longeville, Bonnecourt, Coublanc, Guyonvelle.
A la fin du XIIe siècle, sous Louis-Auguste, un seugneur d´Anglure, parti aux Croisades, fut fait prisonnier par Saladin lors de la prise de Jérusalem."
_La Légende de Saladin d´Anglure_

"Chaque région a eu ses croyances obscures, ses superstitions et ses sorciers.
En Haute-Marne, on avait coutume de dire que le Diable, que l´on appelait le Foulletot ou Foulleteu (ce nom est d´ailleurs resté à plusieurs moulins et lieux-dits), avait choisi comme retraite et haut-lieu une montagne des environs de Langres, Le Cognelot, d´où l´on pouvait dominer tout le pays."
_Les Sorciers du Cognelot_

"Sous de larges plaques de brumes opaques, la Haute-Marne s´étendait, majestueuse et toujours variée, offrant aux regards du voyageur sa palette multiple et son imagier fécond.
L´automne avait peint les forêts et surplombait la route de milliers de taches jaunes, brunes, rouges et ocre.
Autour du conducteur, les feuilles mortes dansaient des sarabandes mélancoliques, puis se disputaient soudain et s´en allaient en arrière, dans le tunnel de la route faite, jusqu´à se perdre en un combat arachnéen évaporé sur l´horizon. (...) Il contempla les prairies d´un vert Véronèse, pâle et humble, engourdies sous les brouillards bleutés desquels, fantomatiques et muettes, quelques vaches noires parfois naissaient, puis s´en retournaient, comme imbibées par des mystérieuses marées du ciel."
_Les Dames de Poulangy_

"Je ne connais guère de sites plus mornes, ni de plus imposants : d´un côté les hauteurs du Clairchêne, avec leurs arbres énormes, séculaires ; de l´autre, les taillis confus et sombres des bois communaux ; et au milieu, la vallée qui s´infiltre dans la haie d´honneur de ces géants.
Pas un souffle de vent ; presque pas d´oiseaux. Un calme effrayant dans un lieu abandonné."
_ La Légende du Couvent Maudit_

"Quelles étaient gaies nos jeunes pucelles, blondes comme les blés, couronnées de fleurs des champs, faisant voler leurs jupes et sonner leurs sabots ! Quand elles passaient, les oiseaux se taisaient, les rivières ne murmuraient plus, les feuilles s´arrêtaient de frisonner au vent. Et les gars de notre village posaient la cognée, la fourche et la faucille pour voir passer sous les feuillages ce ruban colorié de vie..."
_Le Retour du Sire de Savigny_





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ecrivains Haute Marne
 • Liste d´oeuvres


Terre d’Ombre Brûlée (roman poétique, prix du Conseil Général de Haute-Marne, 1978)
Pour ce texte en prose poétique, Yvon Lallemand s’est inspiré des trois années qu’il a passées en Algérie et des femmes qu’il a aimées sans réussir à les retenir.
Que lui reste-t-il des étendues désertiques et du bord de mer dans les années 1970 ? Une foule de sensations et une couleur dont il couvre ses tableaux : terre d’ombre brûlée. De sa « géode en feu » il laisse échapper ses souvenirs proches et lointains, ses réminiscences littéraires et picturales. Ce délire émouvant est aussi une réflexion aiguë et réfléchie sur la création littéraire et picturale.
Primé par le Conseil Général de Haute-Marne, ce récit a dû attendre 2008 pour être édité, comme le bon vin doit fermenter de longues années en tonneau pour épanouir ses meilleures saveurs. Il l’a été enregistré avec le soutien de l’association des Ecrivains de Haute-Marne qui ne pouvait laisser ignorée une œuvre aussi intense. Elle a permis à l’association de tenter une nouvelle forme d’édition particulièrement réussie.
Le texte a été enregistré en studio professionnel et a donné lieu à quatre cédéroms d’une heure chacun. Anne Duvoy, Présidente de l’association « Au Cœur des Mots » a offert sa voix, profonde et sensuelle, épanouissant la force et le charme du texte. On peut alors l’écouter partout où le rêve et la poésie sont nécessaire à la vie : seul dans un fauteuil ou dans la cohue des embouteillages de la circulation, dans les longueurs solitaires du métro, pour se plonger dans son intimité, pour s’éloigner de la platitude du quotidien.

Livre audio (réalisé par l´AHME)
Quatre cédéroms d’une heure chacun, dans un coffret avec la reproduction d’un dessin original de l’auteur. Enregistrement en studio professionnel avec la voix de Anne Duvoy. Il n’en existe que trente exemplaires de collection, numérotés de 1 à 30.
(Prix : 25€ +5€ de frais de port ; à commander sur le "contact" de ce site)


Récits rustiques historiques et légendaires de Haute-Marne (1999)

Haute-Marne, Terre de Légendes (choix de contes déjà édités et quelques nouveaux)
Yvon Lallemand est le spécialiste incontournable des récits légendaires de Haute-Marne qu’il a recueilli au fil du temps et récité dans son style original qui parle directement à l’imagination du lecteur. Ce livre reprend quarante et une légendes des livres précédents désormais épuisés. C’est un voyage entre rêve et réalité, dans le terroir et les mœurs, à lire partout avec le même plaisir que l’on soit d’ici ou d’ailleurs.
(Editions Dominique Guéniot, 2008)

Contes et légendes du vieux pays haut-marnais (1980)

Contes des brumes haut-marnaises (1982)


Superstitions, sorcellerie et croyances occultes d´antan et d´aujourd´hui (autoédition1995)

Participation à : 52 Ecrivains Haut-Marnais de Jehan de Joinville à Jean Robinet

52 contes et légendes des hameaux de Haute-Marne (1993)

Qu´c´est rose en blagues..!
Calembours (1995, autoédition)

Troupeau de Rêves (recueil poétique)

Fracture Ouverte (inédit)

Livre à Minou ou le Puzzle à deux Pièces (inédit)

La Vie d’une Brique dans un Mur (inédit)




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ecrivains Haute Marne
 • 6 - Pour aller plus loin


L´AHME possède encore quelques exemplaires de collection du coffret audio de "Terre d´Ombre brûlée" document désormais extrêmement précieux.

En 2016, Gil Melison a écrit un article sur Yvon Lallemand dans le recueil collectif Les Légendes de Saint-Dizier (éditions Chatelet-Voltaire)


Plus d'information :
  >> Pour accéder directement à sa page d´auteur de l´AHME, cliquer ici :
  >> Pour connaître l´histoire de l´association, cliquez ici :


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Liste d'oeuvres :
 52 Ecrivains Haut-Marnais de Jehan de Joinville à Jean Robinet